Overblog Tous les blogs Top blogs Marketing & Réseaux Sociaux Tous les blogs Marketing & Réseaux Sociaux
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
providentiel-news.overblog.com

Breaking news, actualités politiques, faits de société, analyses, chronique, investigations, opinions ..

Publicité

Interview : Le bilan de la présidence de l’Union Africaine du Dr. Boni Yayi fera date dans les annales de l’Union Africaine, dixit le diplomate Ferdinand MONTCHO

Pour la première fois de son histoire, le Bénin a occupé de 2012 à 2013 la présidence de l’Union Africaine. A l’occasion du bilan et de la passation de charge entre le président sortant et celui entrant, l’ambassadeur du Bénin auprès de la Commission de l’Union Africaine nous fait le point des acquis tout en jetant un regard sur l’avenir de cette organisation panafricaine.

PROVIDENTIEL NEWS: Quel bilan faites-vous de la présidence du Bénin à la tête de l’Union Africaine au moment où le Président Boni Yayi vient de passer la charge au Premier Ministre Hailemariam Desalegn ?

Le bilan de la présidence de l’Union Africaine du Dr. Boni Yayi fera date dans les annales de l’Union Africaine. C’est la première fois qu’on a vu un président en exercice aussi dévoué à la cause des responsabilités qui lui ont été confiées par les pairs de l’Union Africaine. Il a donné de la visibilité à ce poste et surtout, il s’est beaucoup sacrifié, ce qu’on n’avait jamais vu auparavant. Il s’est fait le porte parole du continent dans certains fora où il a défendu avec succès les intérêts de l’Afrique, surtout la vision des pairs fondateurs de l’organisation concernant le panafricanisme et l’intégration parce qu’il sait comme les autres que l’avenir de notre continent dépendra du succès de cette intégration-là. Vous avez sans doute vu sur les champs de conflit comment il s’est déplacé, allant ici et là, pour essayer de tout mettre en œuvre afin que toutes ces crises soient résolues et que les foyers de tension soient éteints. On l’a vu au Mali, en Centrafrique, etc.

Quelle place occupe le 20ème Sommet de l’Union Africaine dans la marche de l’organisation panafricaine ?

Ce 20ème Sommet a été pour moi un peu spécial. Vous savez que pour certaines raisons, on a du retirer les débats relatifs au thème principal du Sommet, à savoir Panafricanisme et Renaissance Africaine parce que la Présidente de la Commission de l’Union Africaine a estimé que les préparatifs n’étaient pas assez avancés pour permettre aux Chefs d’Etat de débattre de cette question. C’est pourquoi, les débats ont été reportés au Sommet de mai 2013. En réalité,

lorsque nous considérons ce thème, il se rapporte beaucoup au thème de la commémoration des 50 ans de l’organisation. Pour revenir à votre question, je dirai que ce Sommet est particulier parce qu’il a permis de traiter de beaucoup de questions relatives à la gestion et au fonctionnement de l’institution.

Quel avenir entrevoyez-vous pour l’Union Africaine ?

Vous savez, j’ai l’habitude d’être optimiste. L’Union Africaine a connu jusqu’à présent quelques problèmes nés des divergences entre les régions. Dans son discours de passation de charge au président Hailemariam Desalegn, le président Boni Yayi a attiré l’attention de ses pairs sur le fait que notre organisation vivait des difficultés que nous pouvons aplanir nous-mêmes en essayant de ne viser que le panafricanisme et l’intégration. Je pus dire que si nous mettons le cœur à cela, nous pouvons réussir et surtout si nous essayons de taire nos petites querelles.

Quelles sont ces divergences auxquelles vous faites allusion ?

Elles résultent d’abord des fractions qui sont nées entre diverses régions. Et le Chef de l’Etat a mis un accent particulier là-dessus. Par exemple lorsqu’il y a un conflit dans une région, il y a ce que nous appelons le principe de subsidiarité qui fait qu’on s’attend d’abord à ce que les pays de la région concernée se penchent d’abord sur le dossier et qu’après lorsque cela est nécessaire qu’on le porte au niveau des autres, voire au niveau continental. Mais nous constatons que loin d’aider à la résolution des problèmes, cela crée des schismes qui entraînent des antagonismes entre les régions alors que si par le biais du Plan d’Action de Lagos on avait suggéré le développement de l’Afrique en cercles concentriques, c’était pour faciliter l’intégration parce qu’on ne pouvait pas l’entreprendre à une échelle continentale. Cela ne pourrait pas être une œuvre aisée. C’est pour cela qu’ils ont voulu le faire par cercles concentriques, donc par région afin qu’après les régions puissent se ‘donner la main’. Mais nous constatons que les régions constituent aujourd’hui un handicap, un frein parce que chacun se replie sur lui-même de manière grégaire au sein de chaque région, ce qui crée des problèmes. Cela concerne aussi bien les questions économiques que celles liées aux crises qu’il faut d’abord résoudre. S’agissant des enjeux économiques, la même question se pose. Mais le président Boni Yayi a estimé que lorsque nous allons aborder ces questions-là, qui ne sont pas

d’ailleurs insolubles, avec la bonne volonté, nous allons pouvoir avancer et essayer d’aller dans le sens souhaité par les pères fondateurs de l’OUA/UA.

A vous entendre, on a l’impression que réaliser cette Afrique unie et forte reste encore un rêve lointain ?

Non, ce n’est pas un rêve lointain. Je pense qu’il y a des protocoles qui existent. Et tout le temps, les Chefs d’Etat se réunissent pour prendre des décisions conformes aux intérêts de cette intégration-là. Il suffirait seulement que nous y mettions le cœur. Nous réussirons sans doute si nous commençons par les mettre en œuvre. Il nous faut un arsenal au niveau de la commission qui puisse permettre de se mettre diligemment au travail. Vous voyez ces divisions dont je viens de parler influent aussi sur le fonctionnement de la Commission mais je pense que tout le monde le sait maintenant, le Chef de l’Etat a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas et je crois que les prochains Sommets seront des Sommets d’un nouveau redémarrage pour aller directement droit au but afin que les objectifs soient atteints. Je pense qu’il ne faut pas être pessimiste. Ce n’est pas que rien ne se fait. Il y a beaucoup de choses qui se font. Par exemple, la coopération stratégique de l’Afrique avec certains pays voire régions, il y a des avancées notables mais il reste à procéder à des réglages et que la Commission ensemble avec les représentants des pays membres se dirigent allègrement vers la résolution de ces questions-là.

A quand la création d’un passeport panafricain qui faciliterait mieux l’intégration ?

Je souhaiterais d’abord qu’on aborde la question au niveau régional. Le passeport de la CEDEAO, est-ce que vous le voyez souvent ? Il faudrait qu’il soit visible et qu’on ait la même chose au niveau de la SADEC, l’Afrique australe, l’Afrique du Nord. Je pense que lorsque nous allons résoudre ces questions-là, le reste sera facile.

Pendant le Sommet, le Bénin a présidé un panel sur l’abolition de la peine de mort. Quel est l’intérêt de cette initiative ?

L’Union Africaine aborde des questions centrées sur tous les thèmes d’intérêt. C’est ainsi que depuis un certain temps, la question de la peine de mort se pose et devient de plus en plus préoccupante. Nous avons besoin de la bonne

gouvernance et surtout le respect des droits de l’Homme qui n’est plus compatible avec les normes telles que les conventions que nous avons adoptées. Nous devons faire des efforts pour que de plus en plus de pays s’engagent dans ce sens-là, en abolissant la peine de mort. En Afrique, il y a un certain nombre de pays qui ont déjà aboli la peine de mort. D’autres ont mis un moratoire. Ils condamnent mais ils n’exécutent pas. Il y a un petit groupe qui exécute. Donc il fallait faire une campagne pour inviter ceux qui continuent d’exécuter à au moins passer à l’autre phase, c’est-à-dire condamner mais ne plus exécuter les gens en amenant ce groupe-là à abolir la peine de mort. Ce débat avait été entamé sous l’égide de la France et du Bénin. C’est ainsi que les ministres Laurent Fabius et Nassirou Arifari Bako ont développé le thème à New York à la dernière Assemblée Générale des Nations Unies. L’AG a pris une résolution dans ce sens. C’est cela qui a amené le Bénin qui est toujours conscient des responsabilités qui sont les siennes en tant que Président de l’Union Africaine d’amener les Etats africains à s’approprier ce débat qui a commencé au niveau de l’Union Africaine afin que les pays n’oublient pas les débats qui ont eu lieu et les bonnes résolutions qui ont été prises pour booster le respect des droits de l’Homme au niveau de notre continent.

L’abolition de la peine de mort fait-elle des émules ?

Vous savez, au départ presque tous les pays exécutaient. Avec le temps, il y a eu un bon nombre de pays qui ont aboli la peine de mort. Par exemple, ceux qui observent le moratoire aujourd’hui, exécutaient par le passé. Je pense qu’avec le temps, le travail sera fait. Vous voyez, ce sont des pays souverains qu’on ne peut pas forcer mais avec le temps, ils vont comprendre la nécessité d’aller dans le bon sens.

Parlons à présent de la brillante élection de notre compatriote Jean Baptiste Elias au sein du Panel du Comité Consultatif de lutte contre la corruption.

Jean Baptiste a été élu comme certains autres. La difficulté que la diplomatie béninoise rencontre à ce niveau est que nous devons penser désormais assez tôt à nos cadres que nous souhaiterions positionner dans ces genres d’institutions internationales.

Est-ce à dire que vous avez étés saisi assez tard ?

Au niveau de la Représentation permanente, nous avions été saisis un peu tard. Mais on a essayé de faire ce qu’on a pu. Dieu aidant, nous avons réussi à faire partie du Panel du Comité consultatif de lutte contre la corruption.

Comment êtes vous parvenu à réaliser une telle prouesse ?

Vous exagérez un peu en parlant de prouesse. Nous n’avons fait que notre travail. Je dois avouer que la chance a été de notre côté. Il faut le dire. Beaucoup de pays plus puissant que le Bénin veulent aussi placer les leurs. Nous avons fait notre devoir. Vous savez pour les élections, chaque pays utilise les moyens qu’il possède. Nous avons vu par exemple au cours du dernier Sommet l’exemple de la RDC qui a amené un orchestre de musique pour réveiller l’attention des gens sur leurs candidats proposés à certains postes. En fait, il est bon qu’on sache que ce n’est pas dans les dernières semaines que ces compétitions se préparent. Il faut les aborder très tôt afin que les divers organes puissent avoir le temps de concevoir la stratégie de mise en œuvre. Par exemple au ministère des affaires étrangères, il y a une cellule qui s’occupe du placement des cadres. Il faut donner à cette structure les moyens-là le temps et les moyens de bien faire son travail. Parfois, la présidence même intervient. Et je sais que lorsque le Président de la République est sollicité, il se bat. Je l’ai vu par exemple lors de certaines élections. Si on s’y prend plus tôt, en dépit de nos moyens limités, nous pouvons réussir.

Quels sont les domaines de succès éthiopiens qui peuvent inspirer le Bénin ?

Tout le monde connaissait l’Ethiopie des années 70 comme un pays à économie non viable, surpeuplé, où de mauvaises pratiques avaient lieu, le non respect des droits de l’Homme, etc. Mais aujourd’hui, l’Ethiopie a changé. C’est la volonté et la vision d’un homme. Je veux nommer feu Meles Zenawi qui a impulsé à son pays la politique des grands travaux. Aujourd’hui, l’Ethiopie a une croissance à deux chiffres. En Afrique, c’est un exemple rare. Ce pays continue de bouger. Je pense qu’il y a des domaines à prospérer. Nous avons recensé un certain nombre de domaines. Par exemple, ce n’est que tout récemment que nous avons pu signer un accord cadre avec l’Ethiopie. Il y a un certain nombre de domaines que je ne vais pas révéler ici mais dans lesquels nous allons essayer de maintenir une bonne politique de coopération avec l’Ethiopie afin

de nous inspirer de ce qui a favorisé la croissance que nous y observons aujourd’hui.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’accomplissement de votre mission ?

Je dois d’abord reconnaître que des efforts louables sont faits par le Bénin. Nous nous référons à nos chefs hiérarchiques lorsque nous avons des difficultés. Nous essayons nous-mêmes de les résoudre par nos propres moyens mais lorsque nous arrivons à une certaine limite, nous prenons contact avec notre hiérarchie pour résoudre ces difficultés qui ne sont pas insurmontables.

Publicité
L'ambassadeur Monctho au milieu de l'ex-pdt UA Boni Yayi (à gauche) et de Jean Ping ex-pdt commission UA à l'extrême droite

L'ambassadeur Monctho au milieu de l'ex-pdt UA Boni Yayi (à gauche) et de Jean Ping ex-pdt commission UA à l'extrême droite

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article